En bref
- Jean-Luc Mélenchon propose un budget 2027 avec 81,7 milliards d’euros de dépenses nouvelles.
- En face, 106,4 milliards d’euros de recettes supplémentaires sont prévus, essentiellement via la fiscalité.
- La différence, environ 25 milliards d’euros, servirait à ramener le déficit public autour de 5% du PIB en 2027.
- Parmi les mesures phares : hausse du point d’indice des fonctionnaires (17 milliards) et retour de la retraite à 62 ans (9 milliards).
- Côté recettes, une taxe Zucman sur les centimillionnaires rapporterait 15 milliards et une nouvelle fiscalité sur les héritages 20 milliards.
Un budget 2027 taillé pour la dépense publique
Jean-Luc Mélenchon a présenté ce que serait son budget s’il accédait à l’Élysée en 2027. Le chiffrage est copieux : 81,7 milliards d’euros de dépenses nouvelles, financées par 106,4 milliards d’euros de recettes supplémentaires.
La différence entre les deux, soit environ 25 milliards d’euros, serait affectée à la réduction du déficit public. L’objectif affiché est de le ramener autour de 5% du PIB en 2027.
Ce que LFI veut financer en priorité
Le premier poste de dépense concerne les fonctionnaires, avec 17 milliards d’euros consacrés à la hausse du point d’indice, la base de calcul de leur rémunération. S’y ajoutent environ 8 milliards pour indexer pensions et prestations sociales sur l’inflation, et augmenter les APL de 10%.
Autre mesure lourde : un revenu garanti pour les jeunes en formation, calé sur le seuil de pauvreté, pour 9,5 milliards d’euros. Dans l’éducation, le programme prévoit 10 000 postes supplémentaires dans l’Éducation nationale (500 millions), la gratuité des cantines scolaires (3,6 milliards) et 250 000 postes dans les universités (3,5 milliards).
La liste se poursuit avec 10 000 postes à l’hôpital (3 milliards), un plan contre le sans-abrisme (3 milliards), le rétablissement de certains budgets ministériels au niveau de 2017 (7 milliards) et 10 milliards pour le climat. Le retour immédiat de l’âge légal de départ à la retraite à 62 ans coûterait environ 9 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 3 milliards pour annuler les précédentes réformes de l’assurance-chômage.
Qui paierait la facture ?
Pour financer ce programme, LFI mise d’abord sur un ISF climatique renforcé, censé rapporter 10 milliards d’euros. La suppression de la flat tax sur les revenus du capital apporterait 9 milliards supplémentaires.
Deux mesures ciblent particulièrement les grandes fortunes : une taxe Zucman sur les patrimoines des centimillionnaires, estimée à 15 milliards d’euros, et une nouvelle fiscalité sur les héritages, qui générerait 20 milliards. La réduction des niches fiscales, notamment le crédit d’impôt recherche et le pacte Dutreil, viendrait ajouter 22 milliards.
D’autres leviers complètent l’édifice : taxation accrue des rachats d’actions (2,5 milliards), des transactions financières (5 milliards) et des cryptomonnaies (1 milliard). L’impôt sur les sociétés deviendrait plus progressif (3 milliards), tandis qu’une partie de la CVAE serait rétablie, la taxe Gafam portée à 15% et une taxe sur les superprofits créée.
Une équation qui tient sur le papier
La philosophie du programme est assumée : faire contribuer davantage le capital, les entreprises et les hauts patrimoines pour financer des services publics et du pouvoir d’achat supplémentaires, tout en dégageant 25 milliards d’euros pour le déficit.
Sur le papier, les chiffres s’équilibrent. Les 81,7 milliards de dépenses nouvelles peuvent être décidés assez rapidement une fois les arbitrages politiques pris. Les 106,4 milliards de recettes, en revanche, reposent sur des hypothèses plus fragiles.
Le vrai point faible : l’incertitude sur les recettes
Ces recettes dépendent largement du comportement des entreprises et des ménages les plus aisés : optimisation fiscale, baisse des investissements, départs à l’étranger, changement de stratégie patrimoniale. Un rendement des nouvelles taxes inférieur aux prévisions reste possible et n’est pas à exclure à ce stade.
Certaines mesures peuvent sembler rapporter beaucoup sur le papier sans produire exactement la même somme dans l’économie réelle. Dans une France à la croissance faible, déjà très endettée et surveillée de près par les marchés financiers, quelques dizaines de milliards de recettes manquantes pourraient suffire à effacer assez vite les 25 milliards d’euros d’amélioration du déficit annoncés.



