En bref
- Martine, 70 ans, a été aidante familiale salariée de son mari malade pendant environ 15 ans, jusqu’à son décès en novembre 2019.
- Sa retraite globale (CNAVTS et Agirc-Arrco) s’élève à 1487 euros par mois, après avoir dû percevoir le RSA en attendant sa pension.
- Ses charges mensuelles incompressibles atteignent 931,50 euros, incluant loyer, électricité, mutuelle et assurances.
- Il ne lui reste que 555,50 euros par mois pour se nourrir, se vêtir et vivre, soit environ 18 euros par jour.
- Malgré ses 70 ans et un problème de genou, elle prévoit de manifester le 14 octobre contre un possible gel des retraites.
Une vie dédiée aux autres, une pension amputée
Martine, 70 ans, était assistante sociale avant de devoir cesser progressivement son activité. Son mari, avec qui elle a vécu pendant 37 ans, était atteint d’une maladie neuromusculaire dégénérative. Il a dû subir une trachéotomie et avait besoin d’être ventilé 24 heures sur 24, en fauteuil roulant électrique et dépendant pour tous les actes du quotidien.
Son mari percevait la Prestation de Compensation du Handicap (PCH) pour employer des aides à domicile. Martine en faisait partie. Elle est devenue aidante familiale salariée pendant environ 15 ans, assurant notamment les aspirations endo-trachéales nécessaires à toute heure, jusqu’au décès de son mari fin novembre 2019. Il venait d’avoir 55 ans, elle en avait alors 62.
Après le deuil, le RSA avant la retraite
A la mort de son mari, Martine entame les démarches pour percevoir sa retraite, ayant suffisamment cotisé au fil de sa carrière. Mais en attendant le versement de sa pension, elle doit demander le RSA, faute de droits au chômage.
Cette absence de droit au chômage s’explique par son statut particulier : elle avait été salariée de son propre conjoint handicapé, et ce dernier est décédé. Une situation administrative qui l’a fragilisée financièrement au moment même où elle venait de perdre son mari.
1487 euros de retraite, 555 euros pour vivre
Martine perçoit aujourd’hui une retraite globale de 1487 euros, versée par la CNAVTS et l’Agirc-Arrco. Locataire d’un logement social, elle doit s’acquitter de 560 euros de loyer mensuel, auxquels s’ajoutent 67 euros d’électricité, 115 euros de mutuelle, 17 euros de forfait téléphone, 40 euros d’internet et télévision, 39,50 euros d’assurance habitation, 41 euros d’assurance voiture et 52 euros de crédit à la consommation.
Au total, ses charges mensuelles incompressibles s’élèvent à 931,50 euros. Il lui reste donc 555,50 euros pour vivre chaque mois, soit 18,51 euros par jour pour les mois de 30 jours et 17,90 euros pour ceux de 31 jours.
Survivre plutôt que vivre
Cette somme doit couvrir l’alimentation, les vêtements, les chaussures, les produits d’entretien et la lessive, ainsi qu’un peu d’essence, même si Martine privilégie souvent les transports en commun, moins coûteux. S’y ajoutent les consultations médicales et les frais de laboratoire non totalement pris en charge, en raison de dépassements d’honoraires que sa mutuelle ne couvre pas entièrement, ou encore le coiffeur, qu’elle ne peut s’offrir que tous les deux ou trois mois.
Avec un tel budget, aucun loisir ni vacance n’est envisageable. Martine résume sa situation sans détour : elle ne vit pas, elle survit. Elle s’interroge sur le sens de toute une carrière de travail aboutissant à ce résultat.
La colère contre un éventuel gel des pensions
Martine exprime sa colère face à l’hypothèse d’un gel des retraites évoqué dans le débat public. Elle estime avoir travaillé toute sa vie pour obtenir, en retour, une pension qui ne lui permet pas de profiter de son existence ni de s’offrir le moindre loisir ou vêtement.
Malgré ses 70 ans et un important problème de genou, elle annonce qu’elle sera présente à la manifestation du 14 octobre, tout en espérant ne pas être gazée ni matraquée. Pour elle, ce rendez-vous est une manière de refuser ce qu’elle considère comme une injustice envers les retraités.



