En bref
- Une famille de deux adultes et deux enfants aurait perdu environ 1 200 euros de pouvoir d’achat depuis 2024, selon l’IFE.
- Pour une personne seule, la perte de pouvoir d’achat atteindrait environ 600 euros sur la même période.
- Depuis 2019, les prix ont augmenté de 21,3 % quand les salaires n’ont progressé que de 18,7 %.
- Le taux de chômage est remonté à 8,3 %, contre 7,2 % début 2023, ce qui fragilise davantage les ménages.
- Le taux d’épargne des Français reste élevé, autour de 17,3 %, malgré ce recul du pouvoir d’achat.
1 200 euros perdus : un chiffre qui résume deux ans de recul
Selon les calculs de l’Institut français de l’économie réalisés pour Le Monde, une famille composée de deux adultes et deux enfants aurait perdu environ 1 200 euros de pouvoir d’achat en valeur réelle depuis 2024, une fois l’inflation prise en compte. Pour une personne seule, la perte atteindrait environ 600 euros.
Ce chiffre marque une rupture. Le pouvoir d’achat par unité de consommation aurait reculé de 0,7 % en 2025 et pourrait connaître une nouvelle baisse de même ampleur en 2026. Deux années consécutives de recul constituent une situation particulièrement rare depuis le début de la série statistique de l’Insee en 1960.
L’écart entre prix et salaires au cœur du problème
Pour comprendre cette perte, il faut regarder au-delà du seul niveau d’inflation actuel. Le véritable problème réside dans l’écart accumulé entre l’évolution des prix et celle des revenus. Depuis 2019, les prix ont progressé de 21,3 %, tandis que les salaires n’ont augmenté que de 18,7 %.
Même lorsque les rémunérations nominales progressent, elles ne permettent donc pas toujours de retrouver le même niveau de consommation qu’avant la vague inflationniste. Cette situation pèse particulièrement sur les familles, car le logement, l’alimentation, l’énergie, les assurances, les transports et les frais liés aux enfants forment une part difficilement compressible du budget.
Pourquoi la baisse se ressent même quand l’inflation ralentit
Le phénomène tient aussi à la disparition progressive de plusieurs amortisseurs qui avaient préservé le pouvoir d’achat après le choc inflationniste. Selon l’analyse de l’IFE, les transferts sociaux, les revalorisations de certaines prestations et les revenus du patrimoine avaient longtemps compensé une partie de la faiblesse des salaires réels. Cette compensation est désormais beaucoup moins importante.
Le marché de l’emploi aggrave la situation : le chômage, descendu à 7,2 % début 2023, est remonté à 8,3 %. Les salaires réels restent sous pression tandis que la dynamique de l’emploi se dégrade. Une inflation qui ralentit signifie que les prix augmentent moins vite, pas qu’ils reviennent à leur niveau antérieur. Les ménages doivent continuer à financer leurs dépenses sur une base de prix durablement plus élevée.
L’impact n’est pas uniforme sur le territoire. Les ménages périurbains et ruraux, davantage dépendants de la voiture, sont plus exposés aux prix des carburants, tandis que les ménages urbains disposent souvent de plus d’alternatives de transport ou de logements moins coûteux à chauffer.
Épargne de précaution, crédit et immobilier sous surveillance
Face à cette pression, les ménages ne réduisent pas nécessairement leur épargne. Le taux d’épargne reste élevé, autour de 17,3 %, après avoir dépassé 18 %. Cette réserve de sécurité joue le rôle d’amortisseur dans un environnement économique jugé fragile. Le Crédoc observe par ailleurs un recours accru aux marques de distributeur et aux promotions.
Le marché du crédit est directement concerné : lorsque les dépenses contraintes augmentent, la capacité d’un ménage à supporter une nouvelle mensualité diminue, même sans baisse de salaire. Le taux d’endettement, le reste à vivre et la stabilité des revenus prennent une importance particulière. Le regroupement de crédits peut, sous réserve de l’étude du dossier par un prêteur, permettre de restructurer des échéances, mais il ne crée pas de pouvoir d’achat et implique d’en évaluer le coût total.
L’immobilier est également exposé. Pour accéder à la propriété, un ménage doit financer sa mensualité, mais aussi les charges, les assurances, les travaux et les taxes. Lorsque le revenu disponible se contracte, la capacité à constituer un apport personnel peut diminuer, poussant certains ménages à reporter leur acquisition.
Des marges de manœuvre publiques limitées
L’IFE souligne que le niveau élevé de la dette publique réduit la capacité de l’État à multiplier les dispositifs de soutien. Le gouvernement doit simultanément soutenir l’activité et réduire le déficit public, ce qui rend les arbitrages budgétaires particulièrement sensibles.
Le chiffre de 1 200 euros doit être lu comme un indicateur économique, et non comme une facture identique adressée à chaque famille française. Il révèle néanmoins que les mécanismes qui avaient permis d’amortir les précédents chocs semblent aujourd’hui moins puissants, alors que les ménages abordent cette nouvelle phase avec des prix durablement plus élevés.



