En bref
- 89 % des Français affichent un état d’esprit négatif sur leur pouvoir d’achat, soit trois points de plus qu’en mai 2026, un record depuis la création du baromètre.
- 60 % des Français déclarent avoir reporté certains achats et 54 % y avoir définitivement renoncé en septembre 2026.
- 42 % des sondés ont puisé dans leur épargne pour faire face aux dépenses de septembre, et 16 % ont envisagé un emprunt.
- Seuls 57 % des Français disent pouvoir encore se faire plaisir occasionnellement, le niveau le plus faible jamais enregistré par l’étude.
- 67 % des parents d’enfants mineurs jugent la rentrée scolaire plus coûteuse qu’avant, un chiffre qui grimpe à 75 % chez les familles de deux enfants.
Un pessimisme record sur le pouvoir d’achat
Le baromètre OpinionWay pour Bonial, dans sa 15e vague, livre un constat sans appel : 89 % des Français se disent pessimistes concernant leur pouvoir d’achat. C’est trois points de plus qu’en mai 2026, et un niveau inédit depuis le lancement de cette étude baptisée Du pouvoir d’achat au vouloir d’achat.
Ce chiffre ne traduit pas qu’un état d’esprit. Il s’accompagne de changements concrets dans les comportements d’achat. Septembre, mois des impôts, de la rentrée scolaire et de la reprise des activités, cristallise cette tension budgétaire selon 54 % des Français, qui le jugent plus coûteux que les autres mois de l’année.
Report, renoncement, épargne entamée : le triptyque de la prudence
Le sondage détaille trois réponses des ménages face à la pression budgétaire. D’abord, 63 % des Français limitent leurs dépenses au strict minimum. Ensuite, 60 % déclarent avoir reporté certains achats ou projets, tandis que 54 % affirment y avoir définitivement renoncé. Ces arbitrages touchent en priorité l’équipement de la maison, l’habillement, les loisirs, la culture ou les travaux.
La différence entre report et renoncement n’est pas anodine pour les entreprises concernées. Un achat reporté peut revenir plus tard ; un achat abandonné représente un chiffre d’affaires définitivement perdu. C’est précisément cette bascule que surveillent les acteurs économiques pour les mois à venir.
Deuxième signal : 42 % des personnes interrogées ont puisé dans leur épargne pour faire face aux dépenses de septembre. Ce mécanisme d’amortisseur budgétaire a ses limites : à mesure que les réserves s’épuisent, les ménages disposent de moins de marge pour un imprévu ou un projet important. 16 % des sondés indiquent même avoir envisagé de recourir à un emprunt pour boucler ce mois chargé.
Le vouloir d’achat s’effondre davantage que le pouvoir d’achat
Le baromètre introduit une distinction utile pour lire la conjoncture : le pouvoir d’achat mesure la capacité financière théorique des ménages, tandis que le vouloir d’achat traduit leur disposition réelle à consommer. Or seuls 57 % des Français déclarent encore pouvoir se faire plaisir, même occasionnellement. C’est le plus bas niveau jamais mesuré par l’étude.
Cette prudence n’est pas uniforme selon les générations. Les 18 à 24 ans sont 73 % à revoir leurs abonnements ou dépenses régulières, contre 51 % chez les 65 ans et plus. Les familles sont elles aussi en première ligne : 67 % des parents d’enfants mineurs jugent la rentrée scolaire plus coûteuse qu’auparavant, un ratio qui atteint 75 % chez les parents de deux enfants.
Quelles conséquences pour l’économie française ?
La consommation des ménages reste un moteur essentiel de l’activité économique française. Si les arbitrages actuels se prolongent, les entreprises pourraient enregistrer moins de chiffre d’affaires, ce qui affecterait les marges, les investissements et potentiellement l’emploi, en particulier dans les commerces spécialisés dépendant des achats non essentiels.
Le quatrième trimestre, période stratégique avec les fêtes de fin d’année, sera déterminant. Si l’épargne des ménages reste réduite et la prudence budgétaire forte, les enseignes devront probablement multiplier promotions et offres de financement pour soutenir la demande. Le marché du crédit à la consommation pourrait également être sollicité, même si rien ne permet aujourd’hui d’affirmer que cela se traduira effectivement par une hausse des souscriptions.
Report temporaire ou renoncement durable ?
La question centrale reste en suspens : s’agit-il d’une réaction ponctuelle au mur de septembre, ou d’une dégradation plus durable de la consommation française ? Le baromètre ne tranche pas cette interrogation, qui ne pourra être éclairée que par l’évolution des comportements au cours des prochains mois.
Si les ménages reconstituent leur épargne et retrouvent confiance, les achats reportés pourraient simplement être décalés. Mais si les renoncements se multiplient, les entreprises devront composer avec une demande plus faible et plus sensible aux prix. Cette évolution rejoint un constat plus large sur le sentiment d’appauvrissement des Français, qui ne dépend pas uniquement des statistiques de revenus mais aussi de leur perception des prix et de leur capacité à financer leurs dépenses jugées indispensables.



