En bref
- 595 stations-service françaises étaient totalement à sec le matin du 18 octobre, selon des données relayées par Capital.
- 16,3 % du réseau national, soit 1 570 stations sur 9 611, signale une rupture d’au moins un carburant.
- Le gazole atteint 2,364 euros le litre en moyenne nationale, un record depuis l’été, en hausse de 2 centimes en une semaine.
- TotalEnergies concentre 87 % des ruptures recensées, contre un taux d’approvisionnement supérieur à 92 % chez les indépendants.
- Une mobilisation sociale est annoncée pour le 5 novembre, avec un risque d’aggravation selon les précédents mouvements qui avaient laissé plus de 1 000 stations à sec.
Une pénurie qui s’aggrave en quelques jours
La situation des stations fermées se détériore rapidement en France. Sur 9 611 stations suivies, 1 570 signalent désormais une pénurie d’au moins un type de carburant, soit 16,3 % du réseau national. Parmi elles, 595 stations ne peuvent plus fournir le moindre litre, selon des données relayées par Capital au matin du 18 octobre.
Cette crise s’est aggravée de près de 20 % en seulement trois jours à partir de la mi-octobre, un rythme qui inquiète automobilistes et professionnels du transport. Pour de nombreux ménages, trouver une station ouverte devient un casse-tête quotidien, qui s’ajoute à la flambée des prix.
Des prix à la pompe au plus haut depuis l’été
Au-delà de la disponibilité, c’est le prix qui inquiète. Le gazole s’établit à 2,364 euros le litre en moyenne nationale, en hausse de 2 centimes en une semaine, un niveau inédit depuis l’été. L’essence sans-plomb E10 affiche 2,166 euros, tandis que le SP98 atteint 2,274 euros.
Pour un ménage parcourant 1 000 kilomètres par mois, la facture supplémentaire s’élève entre 30 et 40 euros. L’inflation locale du carburant dépasse désormais 8 % sur un an, soit trois fois le taux d’inflation général, ce qui met à rude épreuve les budgets transport des familles les plus dépendantes de la voiture.
Grand Est et Île-de-France en première ligne
Les disparités géographiques sont marquées. Le Grand Est subit les plus fortes pénuries, avec des taux allant de 23,6 % à 30,9 % des stations touchées. Dans le Bas-Rhin, le diesel grimpe à 2,482 euros le litre, le plus cher de France. Le Territoire de Belfort détient un triste record, avec 39 % de ses stations en rupture.
L’Île-de-France, fortement peuplée et dépendante de la voiture pour les trajets périurbains, est également durement touchée. À l’inverse, la Corse échappe entièrement à la crise, sans aucune station en pénurie. Dans le Grand Est, les ménages consacrent désormais 6,2 % de leur budget mensuel au carburant, contre 4,8 % en moyenne nationale.
TotalEnergies au cœur des critiques
Les chiffres pointent un déséquilibre notable : les stations TotalEnergies concentrent 87 % des ruptures, soit 1 367 stations sur 2 176 suivies par l’enseigne. Ce constat interroge les stratégies d’approvisionnement du groupe français, alors que les concurrents indépendants maintiennent un taux de disponibilité supérieur à 92 %.
Pourtant, les prix avaient été plafonnés en juillet 2026 par l’enseigne, avec l’essence à 1,99 euro et le gazole à 2,25 euros. Mais les ruptures persistent, ce qui suggère des difficultés logistiques propres à TotalEnergies plutôt qu’une pénurie générale de carburant sur le territoire. Face à cette situation, de nombreux automobilistes se tournent vers des enseignes alternatives lorsque c’est possible.
Les ménages réduisent déjà leurs déplacements
Les conséquences se font sentir sur la consommation. La Dépêche note une baisse de 12,5 % des demandes de réservation pour les vacances de la Toussaint 2026 par rapport à l’an dernier. Les familles privilégient les destinations proches ou annulent purement et simplement leurs projets de déplacement.
Le secteur touristique régional enregistre déjà une fréquentation en recul de 8 %, avec des pertes de chiffre d’affaires attendues entre 15 et 20 millions d’euros pour les restaurants, hébergements et activités de loisirs. Les ménages, anticipant de nouvelles difficultés, ont également réduit leurs achats non essentiels de 6 % en octobre.
Novembre, un mois à haut risque
Le climat économique pourrait encore se dégrader avec la mobilisation sociale prévue le 5 novembre. Cinq syndicats, CFDT, CGT, FO, Unsa et FSU, ainsi que des collectifs de Gilets jaunes, appellent à se mobiliser, menaçant de paralyser l’approvisionnement en carburant. Les mouvements sociaux passés avaient déjà laissé plus de 1 000 stations à sec pendant plusieurs jours.
Les économistes évoquent un scénario prudent : un blocage de cinq jours pourrait réduire la consommation nationale de 800 millions d’euros, en touchant particulièrement le transport routier, la grande distribution et l’industrie manufacturière. Rien n’est encore tranché à ce stade, mais les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si cette contraction de la consommation reste temporaire ou s’installe durablement.




